Moscou 1980, lors d’une dernière poursuite cycliste effrénée, Robert Dill-Bundi atteint en 4 minutes et 35 secondes, l’apothéose olympique dont rêvent tous les sportifs.
Près de 30 années plus tard, sa commune natale qui inaugure une nouvelle rue se souvient du champion et la baptise à son nom : « La rue Dill-Bundi ».
« Quand on me l’a annoncé, j’ai cru que c’était un Witz », confie l’ancien champion. Surtout que le matin même, j’avais lu dans le journal qu’Hussein Bolt avait une autoroute à son nom en Jamaïque !
Puis quand j’ai compris que c’était sérieux, j’avoue avoir été très ému qu’on ait pensé à moi à Chippis où j’ai mes racines. Et voir mon nom sur cette plaque me touche énormément. Ce nom de Dill-Bundi, je l’ai d’ailleurs acheté pour 300 francs le jour de mes dix-huit ans en liant : Bundi, le nom de ma mère, à Dill, celui de mon père. Car étant donné que mon nom de licencié cycliste « Bundi » ne correspondait pas celui de ma carte d’identité, « Dill », j’étais à chaque fois arrêté aux aéroports.
Aujourd’hui, relève Christian Zufferey, Président de Chippis, c’est l’esprit de battant que notre commune veut récompenser. Après l’exploit sportif, suivi d’une réinsertion professionnelle réussie, Robert se bat actuellement contre un nouvel adversaire : une tumeur, qui cède du terrain, grâce à une nouvelle thérapie que Robert est le douzième à tester.
Une leçon de courage
« Dans la vie, lorsqu’on atteint un but, on se fixe un autre but », déclare le champion devant les invités à la cérémonie. Lorsque j’ai quitté la carrière sportive, je ne voulais pas finir comme d’anciens pros. J’ai recommencé alors comme monsieur tout le monde. Il est clair que mon nom était un bonus : le sol était moins glissant pour moi que pour un autre. Mais cela ne vaut que pour les premiers temps. Ensuite, il faut faire ses preuves.
Devant la santé, nous sommes en principe tous égaux. Il y a ceux qui la provoquent avec le tabac ou l’alcool. Mais moi j’ai toujours voulu me battre en proportion de ce qui m’arrive. Lorsqu’on m’a annoncé après neuf mois de chimio que je pouvais rentrer à la maison, sans avoir la force de me dire qu’il me restait deux mois à vivre, j’ai néanmoins compris qu’il fallait que je profite de chaque instant. Mais ce n’est pas si simple…
Aujourd’hui, je suis un cobaye et je considère que c’est une chance. La vie m’a appris à saisir les chances qu’elle nous offre. Je vais bientôt partir avec ma femme qui est cubaine, et mes trois enfants, pour le Panama ou le Brésil afin de monter une structure mondiale pour la sélection et la formation des jeunes cyclistes. Ici, il restera cette plaque à mon nom ; j’en suis honoré. Une plaque ça ne peut pas partir du jour au lendemain, sauf bien entendu si quelqu’un la vole ; et j’avoue que ce n’est pas l’envie qui me manque de l’emporter avec moi.
Craignant pour sa plaque, le conseil communal s’est empressé d’en commander une nouvelle que Robert Dill Bundi gardera en souvenir.